Plusieurs études et travaux sur le sujet évoquent le fait que l’hébergement citoyen n’est pas toujours la solution adaptée aux besoins. Par exemple, la Fédération de l’Entraide Protestante, le Secours Catholique, le Service National Mission et Migrations (Conférence des Évêques de France), JRS France et Emmaüs France se sont engagés dans des actions d’hébergement et partagent leurs réflexions et convictions communes autour de l’hébergement citoyen. Que ce dernier ne doit pas substituer les dispositifs d’accompagnement existants et les prérogatives des pouvoirs publics.
Les hébergements citoyens impliquent un choix de vie fort (vie en communauté, vie en famille, vie seul) qui ne convient pas à tout le monde. Si l’hébergement n’est pas adapté, la personne peut se retrouver isolée ou dépendante de l’hébergeur, sortir des radars de l’accompagnement social. Par exemple, si la personne à héberger est dépendante de la personne qui héberge pour se déplacer à ses rendez-vous, cela peut avoir un impact négatif non-négligeable dans son parcours d’insertion sociale.
La personne hébergée chez un particulier peut avoir tendance à moins solliciter les dispositifs d’accompagnement et d’hébergement publics. Par exemple, la personne hébergée doit continuer à contacter les structures en charge de son accompagnement vers le logement ou l’accompagnement administratif or l’hébergement citoyen peut l’amener à repousser cette partie. De plus, dans un hébergement citoyen, la personne accueillie est moins visible par les structures d’accompagnement social et a donc moins de chances d’être suivie rapidement.
Une vigilance est nécessaire également pour éviter que l’accueil devienne sous réserve d’une contrepartie auprès de la personne hébergée (garde des enfants non rémunérée, ménage, tâches répétées et chronophages, etc...). La sélection des hébergeurs et le suivi de l’hébergement sont donc primordiaux pour anticiper et réagir rapidement en cas de problème.
Les personnes hébergeuses peuvent avoir des attentes fortes envers la personne qu’elles hébergent (intégration à un rythme de vie, une communication interpersonnelle fortement demandée, etc...) qui ne sont pas toujours évidentes à satisfaire lorsque l’on a vécu des situations de rue ou un parcours de migration. Cela peut être véritablement intrusif même si la volonté d’aider est présente. Il est donc important de veiller à ce que la situation ne devienne pas oppressante pour la personne qui est hébergée dans un foyer.
L’accueil d’une nouvelle personne au sein de son foyer peut être synonyme de dérèglement de la vie en communauté, de changement de rythme ou d’habitude. Pour les foyers, un travail de sensibilisation doit être mené sur les conséquences d’un tel accueil sur la cellule familiale : l’ensemble du ménage doit être partie prenante du projet, au risque de créer un déséquilibre entre les différents membres. Vous pouvez donc proposer de rencontrer tous les membres du foyer dès la visite de l’hébergement.
Certaines personnes accueillantes peuvent être extrêmement touchées par le parcours des personnes accueillies et/ou les violences qu’elles ont vécues. Cela peut parfois se traduire par une grande culpabilité au regard de leur quotidien de vie et ajouter une charge de vouloir trop aider et accompagner. Il est donc important de sensibiliser à la posture de chacun et chacune et définir des règles dans ce type de cohabitation.
La personne en charge du suivi de l’hébergement doit pouvoir être disponible afin de réguler les rapports entre hébergeurs et personne hébergée en se reposant sur la convention et les règles définies. Le référent du suivi de l’hébergement peut intervenir lorsqu’un doute sur la situation s’installe, qu’un sentiment de mal être se perçoit chez l’une ou l’autre personne, que la cohabitation a déséquilibré le foyer ou que le rythme de vie est déstabilisé.
Il est important de repérer les signaux faibles sur chacun de ces sujets lors des points de suivi réguliers car les “petits problèmes” peuvent devenir des problèmes insolvables s’ils ne sont pas pris en compte rapidement.